Les trois vies de Steve Austin

Steve Austin

Steve Austin, astronaute, un homme tout juste vivant. Nous pouvons le reconstruire, nous en avons la possibilité technique…

Ces quelques mots rappellent sûrement des choses aux personnes qui ont connu la série télévisée dont l’homme bionique est le héros. Mais en fait la série n’est qu’un aspect de Steve Austin, qui a même rejoint le monde des comics.

Le roman

Cyborg

En 1972, l’écrivain Martin Caidin créé le personnage de Steve Austin dans le roman Cyborg. C’est dans ces pages que l’on fait la connaissance du pilote d’essai qui est grièvement blessé dans un crash et se voit offrir la possibilité de devenir un cyborg avec la greffe de membres bioniques. Steve Austin dispose donc d’un bras et de jambes bioniques, ainsi que diverses petites réparations de son corps (crâne renforcé, côtes en alliage métallique…) et d’un oeil caméra qui ne lui permet pas de voir mais de prendre des photos. Sa réparation a un prix : il devient l’arme secrète des services secrets Américains.

Le roman décrit longuement le processus de renaissance de Steve Austin, sur le plan physique mais aussi sur le plan psychologique. En effet, il vit très mal son accident puis une fois qu’il a accepté de devenir un cyborg il ne se considère plus comme un humain. Lors de ses missions, il n’hésite pas à recourir à tous les moyens à sa disposition pour atteindre son objectif et tue sans états d’âme. D’autres personnages sont également développés ici : Oscar Goldman et Rudy Wells ont en effet un rôle important dans le roman.

Bien que nous soyons dans le domaine de la science fiction (surtout à l’époque), Martin Caidin semble essayer de ne pas en faire de trop et donne un cadre relativement vraisemblable à son histoire. L’auteur utilise également l’actualité internationale comme toile de fond à son roman, avec des missions se situant à Cuba ou pendant le conflit Israelo-Arabe. Cyborg est un roman très intéressant, qui se lit vraiment très bien.

Le roman Cyborg sera suivi de trois autres romans, tous écrits par Martin Caidin, mais seul le premier roman a été édité en France en 1973 par Denoël dans la collection Présence du futur.

La série télévisée

The Six Million Dollar Man

Là, nous sommes plus en terrain connu pour les gens de ma génération. Adaptation du roman de Martin Caidin, la série Six Million Dollar Man (L’homme qui valait trois milliards en VF) met donc en scène Lee Majors dans le rôle de Steve Austin. L’épisode pilote est plutôt fidèle au roman, montrant également les soucis psychologiques du héros (qui seront bien vite balayés). Après des débuts hésitants, où Steve Austin est une sorte de James Bond bionique, la série trouve son rythme de croisière en devenant plus familiale.

Dans la série, Steve Austin est différent de son modèle de papier : certaines de ses modifications passent à la trappe, son bras bionique change de côté et il peut voir avec son oeil artificiel qui dispose d’un zoom très puissant. Mais c’est surtout sur le plan psychologique que Steve Austin a changé : fini le tueur de sang froid névrosé et hanté par sa transformation, c’est un héros plus lisse et refusant de tuer qu’incarne Lee Majors pendant cinq saisons et trois téléfilms. Et tandis que Martin Caidin essayait de ne pas en faire de trop, les scénaristes se sont lâchés : pouvoirs toujours plus grands, fonctionnement et technologie incohérents (il faut écouter les délires de Rudy Wells, le scientifique qui s’occupe de la bionique…), adversaires de plus en plus farfelus (Bigfoot !).  Six million dollars man reste cependant une série plaisante à regarder, avec un petit côté rétro pas désagréable et ses artifices pour souligner l’utilisation des pouvoirs induits par la bionique (le ralenti et le son caractéristique) sont entrés dans la légende.

Une petite particularité curieuse de la version française concernait la façon de prononcer « bionique » : les doubleurs prononçaient en effet bio-ionique, ce qui n’a aucun sens particulier et ne correspond à rien. En fait, c’est pour coller aux mouvements des lèvres des acteurs que cette astuce a été trouvée : en anglais le mot « bionic » se prononce « baillonic » en insistant sur la première syllabe, donc la bouche des comédiens restant ouverte plus longtemps il fallait trouver le moyen de rallonger la prononciation française du terme.

La série a donné lieu à un spin-off, The Bionic Woman (Super Jaimie en VF). Il s’agit de la petite amie de Steve Austin, Jaime Sommers (Jaimie en VF), qui devient bionique suite à un accident de parachute. Elle trouve la mort assez vite mais grâce à une astuce scénaristique aussi subtile qu’un canon de douze dans une fourmilière le personnage « revit » et se retrouve dans sa propre série, Oscar Goldman et Rudy Wells faisant le lien entre les deux. D’autres tentatives de spin-off seront avortées, la famille bionique s’agrandissant avec un « méchant » cyborg (qui a un bras bionique supplémentaire par rapport à SteveAustin) et un chien.

Après trois téléfilms concluant les aventures du couple bionique (dont un mettant en scène une toute jeune Sandra Bullock), Steve Austin est retombé dans l’oubli (à l’exception d’un savoureux clin d’oeil dans la série Jake 2.0) tandis que Jaime Sommers est revenue sur le petit écran pendant une brève saison de The Bionic Woman, sous les traits de Michelle Ryan. La série n’a cependant pas survécu à la grève des scénaristes de 2007. C’est dommage, parce que c’était plutôt sympa comme série…

Les comics

Bionic Man

Lors de la diffusion de la série télévisée, plusieurs adaptations en BD ont été proposées. La encore les gens de mon âge se rappelleront sûrement de l’adaptation dans les pages de Télé Junior, mais il y a eu aussi celle de Charlton Comics et un strip Anglais. Une nouvelle version devait voir le jour pendant les années 90 mais cela ne se fit pas.

Et c’est alors que Kevin Smith entre en scène. Le fait que le réalisateur s’intéresse à Steve Austin n’est pas une surprise (souvenez-vous du clin d’œil dans Dogma), mais ce qu’on sait moins c’est qu’il avait entrepris de lui consacrer un film. Cela ne se fit pas et comme pour Green Hornet son script est utilisé comme base pour une nouvelle série écrite par  Phil Hester : Bionic Man.

Bionic Man est à la fois innovante et respectueuse de son modèle. En effet, le personnage est dépoussiéré et tout en restant dans un cadre de science-fiction certaines incohérences et invraisemblances sont corrigées (justement Warren Ellis s’en était moqué dans un épisode de Global Frequency), mais les fondamentaux de son univers sont toujours là, dont le fameux jogging rouge et une explication sur le fameux son bionique. On retrouve donc Steve Austin et Oscar Goldman, dans une histoire qui commence comme l’original (le crash, la reconstruction) mais s’en éloigne pas mal ensuite : Steve Austin se retrouve en effet confronté à un prototype qui a mal tourné (si c’est dans le script de Kevin Smith, alors l’idée avait été pillée pour le Bionic Woman de 2007) et doit aussi faire face à la méfiance de ses supérieurs.

Bionic Man Bionic ManBionic Man

Bionic Man a fait ses débuts en 2012, suivi par un spin-off quelques mois plus tard (Bionic Woman) et un crossover en janvier dernier (Bionic Man vs Bionic Woman).

Pour le moment j’ai juste lu le premier TPB (dont je reparlerai un de ces lundi) et j’aime beaucoup cette nouvelle adaptation. Steve Austin avait besoin d’un petit coup de jeune, et le dépoussièrage de Smith & Hester lui permet de se débarrasser de l’image ringarde qu’en ont certaines personnes. Graphiquement c’est pas toujours la fête, mais c’est globalement plutôt bon. Il est fort probable que je continue à suivre la série en TPB, à moins que Panini ne décide d’adapter la série mais je n’en ai pas eu d’échos pour le moment.

La boucle est donc bouclée, Steve Austin a jailli du papier pour y retourner, certes sous une forme différente mais qui décrochera toujours un petit sourire à toute une génération d’enfants qui ont essayé de courir au ralenti dans la cour de récréation comme leur héros… 😉

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A propos mdata

Administrateur et rédacteur principal de Watchtower Comics.

6 réponses à Les trois vies de Steve Austin

  1. Xapur dit :

    Merci pour cette bouffée de nostalgie, ah Steve Austin, Oscar Goldman, Super Jaimie, toute une époque !

  2. holdwig dit :

    Hahahaha ! Tu viens de me rappeler pourquoi j’avais un survêtement Adidas ROUGE étant gamin…

    Vraiment sympa ton article.

    Pas envie de revoir la série , mais le roman lui m’intéresse après avoir lu ce que tu en dis.

    • mdata dit :

      Merci 🙂 Le roman risque d’être difficile à trouver mais je te fais confiance tu vas y arriver 🙂 (j’avais eu un monumental coup de pot à la fin des années 90)

      • holdwig dit :

        Ca y est trouvé une édition « Présence du futur » de 1975.

        Merci pour le tuyau , j’en parlerai sur Wax quand je l’aurai lu.

        Tu as bien fait de le faire ce dossier ! Tu m’as fait apprendre des choses sur cette série. 😉

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