Le lundi c’est librairie ! #393

Le lundi c'est librairie !

Le lundi c’est librairie ! vous propose aujourd’hui la chronique de trois titres, édités par Delcourt Comics et Glénat Comics.

Au programme : Star Wars Classic t10, Buzzkill et The Wicked + The Divine t5 (en avant-première)

Star Wars Classic tome 10
Star Wars Classic t10 - Août 2019

Delcourt Comics
Collection Contrebande

320 pages – 27.95€
Août 2019 – Cartonné

Collectif

Dernier album de cette série qui réédite la série Star Wars des années 1980 publiée au moment de la sortie des films de la trilogie Classique (Épisodes IV à VI)… Ces épisodes vintage sont inédits en albums à forte pagination et raviront les fans. Ces récits se situent après Star Wars : Le Retour du Jedi. Découvrez l’ensemble de ces épisodes mythiques dont la plupart étaient restés inédits en VF lors de leur première traduction (dans les pages du mythique magazine Titans des Éditions LUG). Ce volume est également complété d’un récit entièrement inédit en VF.

Toutes les bonnes choses ont une fin : voici donc le dernier tome rééditant les récits de la série Star Wars éditée par Marvel dans les années 1970/80.

Cet album a une saveur toute particulière pour les lecteurs qui ont suivi ces épisodes dans la revue Titans : en effet, à partir du second épisode, il ne s’agit que de contenu totalement inédit vu que Lug avait jeté l’éponge. En plus, l’épisode ouvrant l’album est présenté dans sa version originale, sans le charcutage opéré par l’éditeur Lyonnais.

Les épisodes sont globalement intéressants à suivre, même si parfois de petites baisses de régime se font sentir. On pourra apprécier pour ce dernier tour de piste de retrouver des personnages qui avaient fait le sel de cette série, et quelques petites touches d’humour qui contrebalancent l’ambiance morose des épisodes de cette période. En plus des Nagai, d’autres espèces tout aussi étranges sont présentes et sont plutôt bien utilisées.

Mais tout de même on se rend de plus en plus compte qu’il était temps d’arrêter la série, car les scénaristes avançaient à vue en ne sachant pas ce qu’ils pouvaient faire avec l’univers de Star Wars après Le retour du Jedi. Sans ligne directrice claire, il était en effet difficile de savoir vers quelles aventures emmener les héros de cette trilogie originale, et du coup les intrigues font le plus souvent du sur-place en ce qui les concerne. Les personnages secondaires sont quant à eux mieux lotis, certains connaissant même une évolution à la fois surprenante et bien pensée.

Pour conclure l’album, un épisode a été réalisé en 2019 à l’occasion des 80 ans de Marvel : Matthew Rosenberg fait ainsi revenir un personnage marquant des débuts de la série Star Wars, lui offrant ainsi un dernier tour de piste. L’épisode est très respectueux du matériel d’origine, et remet le lecteur dans le contexte de l’album. Il relève ainsi le niveau et termine l’album – et la série – en beauté, si on fait abstraction du dispensable mini-épisode de 1995 qui le suit.

En tout cas, une fois n’est pas coutume mais j’ai envie de remercier les Editions Delcourt pour avoir mené cette collection à son terme, et j’apprécie de non seulement retrouver les épisodes de mon enfance dans un joli format – et sans censure – ainsi que la fin restée inédite en VF à ma grande frustration.

Du côté du graphisme, le niveau est par contre irrégulier. L’album s’ouvre comme le précédent s’est terminé, avec Cynthia Martin au dessin et cela reste réussi au début. Mais on se rend compte assez vite que le rendu des planches de l’artiste dépend beaucoup de l’encreur, ce qui donne des épisodes inégaux. Il y a aussi plusieurs épisodes en « fill-in » côté dessin, et là aussi c’est inégal suivant la personne qui tient les crayons. Enfin l’endroit où ça pêche vraiment est le dernier épisode « d’époque » : on retrouve tous les travers du graphisme de la fin des années 80 et du début des années 90, avec notamment un Luke Skywalker qui ne ressemble plus du tout à un Jedi avec sa longue crinière, ses muscles saillants et son artillerie !

Le niveau remonte en fin d’album avec l’épisode plus récent, qui conclut ces récits. Le graphisme est du coup plus moderne, y compris au niveau de la colorisation, et cela fonctionne vraiment très bien.

Un très bon album, agréable à lire malgré quelques petits défauts.


BuzzKill
BuzzKill - Août 2019

Delcourt Comics
Collection Contrebande

172 pages – 15.95€
Août 2019 – Cartonné

Donny Cates / Mark Reznicek
Geoff Shaw

Reuben est un super-héros dont les super pouvoirs ne s’activent que lorsqu’il est saoul, sous l’emprise d’alcool ou de drogues. Alors qu’il combat une menace capable de détruire la planète, Reuben tombe dans un coma éthylique. Il se réveille au milieu d’une ville dévastée sans savoir ce qui s’est passé. Un seul choix s’impose à lui : rester sobre et mourir ou replonger pour tenter de rester en vie…

Il arrive souvent que les super-héros aient des pouvoirs classiques. Et il arrive que d’autres aient des capacités originales, comme dans cet album.

Donny Cates nous raconte l’histoire de « Reuben », un super-héros dont les capacités dépendent des substances psycho-actives qu’il ingère : drogue, alcool, caféine… tout ceci lui donne des pouvoirs particuliers et à chaque fois différents. Cela en fait un personnage au concept original, et surtout garantit des rebondissements assez inattendus vu que le lecteur ne sait jamais comment la suite va tourner en fonction de ce que le personnage ingère. Et question rebondissements, le lecteur est gâté, car les surprises et l’action sont au rendez-vous !

Tout en racontant les (mes)aventures d’un personnage aux capacités insolites, Donny Cates aborde un thème délicat : la dépendance. Le thème est abordé frontalement à travers les pouvoirs bizarres de « Reuben », mais on comprend bien que cela évoque la dépendance tout à fait réel de vrais gens qui essaient de décrocher sans y arriver, ainsi que les raisons qui ont pu les entraîner là. C’est plutôt bien vu d’avoir abordé le thème sous cet angle, ce qui permet au récit de ne pas sembler moralisateur ou empreint de pathos.

L’histoire met également en scène des personnages qui font penser à des super-héros d’autres éditeurs, y compris la parodie d’un personnage sur lequel il a travaillé. Cela permet au héros d’avoir un cadre familier pour le lecteur sans avoir besoin de construire tout un univers spécifique pour cette aventure, technique déjà employée par d’autres auteurs mais toujours efficace.

Cet album se lit bien, ne serait-ce qu’à cause de l’originalité de son protagoniste principal. Mais il est dommage qu’à la fin le rythme s’emballe beaucoup, au point que le dénouement parait arriver vraiment très rapidement. Ce n’est pas bâclé pour autant, mais c’est quand même expéditif même si la toute fin est touchante.

La partie graphique, signée Geoff Shaw, est de son côté dynamique et rend bien les scènes d’action. Mais il demeure une sensation d’inachevé, comme si certains dessins étaient colorisés sans encrage. Ce n’est pas forcément le cas, et c’est pas forcément vilain, mais personnellement je ne raffole pas énormément du rendu.

Côté bonus, un sketchbook de Geoff Shaw complète le sommaire.

Un bon album, dont le dénouement est hélas un peu expéditif.


The Wicked + The Divine tome 5
The Wicked + The Divine t5 - Septembre 2019

Glénat Comics
Collection Comics

192 pages – 17.50€
Septembre 2019 – Cartonné

Kieron Gillen
Jamie McKelvie

Les dieux ont le pouvoir de faire ce qu’ils veulent. Inévitablement, ils le font.
Tous les 90 ans, douze dieux du panthéon se réincarnent en jeunes adultes. Ils sont aimés. Ils sont détestés. Dans deux ans, ils seront tous morts. C’est déjà arrivé. Cela arrivera encore.
Alors que son secret a été découvert, Ananke prétend avoir tué les dieux pour repousser l’arrivée des forces des ténèbres. Les dieux ont donc décidé de l’emprisonner pour l’interroger… Mais Persephone, ne pouvant se résoudre à laisser la meurtrière de sa famille impunie, l’assassine à son tour. Et les dieux acceptent de couvrir l’affaire. Persephone et Cassandra décident désormais d’affronter Woden, ayant la preuve qu’il a comploté avec Ananke. Woden essaie de les faire chanter. Ça se passe mal. Et la vie continue.

Après une longue pause, il est temps de retrouver les dieux de The Wicked and the Divine qui ne se sont pas vraiment calmés depuis le tome 4.

L’album s’ouvre par un numéro de Panthéon Magazine, pastiche de magazine réalisé par l’équipe créatrice de la série. La ressemblance avec un véritable magazine est bluffante, avec non seulement des interviews des personnages et des articles dessus mais aussi des pages de publicité les mettant en avant. Au-delà du simple exercice de style, ce vrai-faux magazine entre totalement dans la logique de la série de dépeindre un groupe de personnages publics et placés sous les feux des projecteurs, comme les personnalités du showbiz dans notre monde réel de tous les jours. C’est bien fichu, et les interviews sont intéressantes pour saisir la personnalité des personnages au-delà de la narration classique sous forme de BD.

Une fois que l’on arrive au second épisode de l’album, nous retournons à nos moutons en retrouvant la suite des aventures de ce Panthéon décidément peu recommandable. Cette partie de l’histoire fait la part belle aux conséquences des événements du tome 4, qui sont loin d’être anodines. Une nouvelle menace fait également son apparition, amenant les divinités à prendre des décisions radicales.

Tout comme dans les tomes précédents, Kieron Gillen continue à questionner la notion de célébrité avec des personnages qui vivent en permanence avec les yeux du monde  braqués sur eux. Mais l’auteur montre aussi comment les « immortels » réagissent à l’imminence de la fin de leur existence actuelle, et se déchirent face aux événements et leurs conséquences. Le personnage de Perséphone continue à prendre de l’ampleur, devenant même plutôt effrayant au fil des épisodes.

Au bout de cinq tomes, on pourrait se demander si la série ne risque pas de tourner en rond mais fort heureusement il n’en est rien. Kieron Gillen continue en effet à développer les idées présentes depuis le tout début de la série, mais sans redite et en apportant des éléments nouveaux qui relancent les intrigues. C’est toujours aussi intéressant à lire, grâce à une atmosphère envoûtante qui a quelque chose de fascinant.

En ce qui concerne le graphisme, le style de Jamie McKelvie fait toujours des merveilles pour dépeindre ce panthéon de divinités pas comme les autres. Les planches sont très joliment réalisées, et on peut une fois encore s’amuser à guetter les ressemblances entre certains personnages et des personnalités du showbiz.

Côté bonus, nous avons droit à une galerie de couvertures, ainsi qu’au making of d’une couverture.

Un excellent album, avec une atmosphère toujours aussi envoûtante.


C’est tout pour aujourd’hui !

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A propos mdata

Fondateur et rédacteur principal de Watchtower Comics.

2 réponses à Le lundi c’est librairie ! #393

  1. JN dit :

    Assez d’accord avec ton avis concernant Buzzkill qui aurait pu être plus étoffé avec un ou deux épisodes de plus.

    De plus, je trouve une réaction de sa copine assez étrange, qui m’a fait sortir de ma lecture (elle lui reproche d’avoir replongé mais il allait se faire démolir sinon !!!).

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