Le lundi c’est librairie ! #386

Le lundi c'est librairie !

Le lundi c’est librairie ! vous propose aujourd’hui la chronique de trois titres édités par Panini Comics.

Au programme : Sentry – Fresh start, Thanos – La fin de l’univers Marvel et Immortal Hulk t2.

Sentry – Fresh Start
Sentry - Fresh Start - Juin 2019

Panini Comics
Collection 100% Marvel

112 pages – 16€
Juin 2019 – Cartonné

Jeff Lemire
Kim Jacinto / Joshua Cassara

Fresh Start ! Pour chaque bonne action de Sentry, son double maléfique équilibre la balance en commettant un mauvais coup. Pour éviter ce genre de déconvenue, Iron Man a imaginé un système empêchant les alter ego de Robert Reynolds de causer plus de dommages. Malheureusement, tout ne va pas se passer comme prévu…
(Contient les épisodes US Sentry (2018) 1-5, inédits)

Création de Paul Jenkins largement inspirée de Miracleman, Sentry est un personnage complexe sur lequel plusieurs auteurs se sont cassés les dents. Dans cet album, Jeff Lemire relève le défi de proposer une aventure intéressante de cet homme au pouvoir immense.

Jeff Lemire place donc Robert Reynolds dans un nouveau status-quo qui permet de conserver le personnage en l’état sans qu’il n’aille semer la zizanie dans l’univers Marvel. Car en effet c’est là tout le problème de Sentry : il est tellement puissant que les auteurs ne savent pas trop quoi en faire, comme l’a illustré le spectaculaire ratage de Brian Michael Bendis qui se contentait de l’utiliser pour balancer des ennemis dans le soleil. Du coup comment conserver un univers Marvel cohérent  si un personnage invincible balaie tous les enjeux d’un revers de cape ? La solution trouvée est élégante, et surtout le personnage est bien mieux écrit qu’il ne l’a été dans ses dernières aventures.

Sentry est en effet un personnage compliqué à plusieurs niveaux : créé comme un un héros « oublié » rétro-inséré aux forceps dans la continuité Marvel, c’est aussi un homme souffrant de troubles mentaux faisant qu’il est à la fois un super-héros et son pire ennemi. Jeff Lemire propose une nouvelle approche du personnage, en le faisant enfin évoluer vers quelque chose de plus abouti qui l’affranchit de ce qui a été rabâché au fil des années. Le début de l’album est également très bien fichu, avec une idée toute simple pour gérer Sentry mais tellement simple lorsqu’on la voit qu’on se dit que ça tombait sous le sens.

Cet album, riche en surprises et en action, est vraiment très intéressant et permet de retrouver un Sentry intéressant, chose qui n’est pas arrivée depuis longtemps. Qu’il s’agisse de Robert Reynolds, de Sentry ou de Void, toutes les pièces du puzzle s’assemblent avec brio et on prend vraiment plaisir à lire cet album. Il y a une ou deux petites choses qu’on peut anticiper, mais certaines choses sont très surprenantes et comme à son habitude Jeff Lemire a très bien écrit cette aventure.

Du coté du dessin, deux artistes sont à l’oeuvre : Kim Jacinto et Joshua Cassara, pour un résultat assez inégal. La première partie de l’album est en effet bien illustrée, avec des planches dynamiques, mais la seconde est un bon cran en-dessous. Cela ne fait pas de cet album un mauvais titre, car cela reste quand même très chouette, mais cela le fait descendre d’une marche sur le podium en lui faisant louper l’excellence et c’est dommage.

Un très bon album, juste un peu plombé par le graphisme de sa seconde partie.


Thanos – La fin de l’univers Marvel
Thanos - La fin de l'univers Marvel - Juillet 2019

Panini Comics
Collection Marvel Graphic Novels

160 pages – 24€
Juillet 2019 – Cartonné

Jim Starlin

Akhenaton revient sur Terre dans le but de soumettre le peuple de la planète bleue. La puissance que le pharaon a gagnée auprès de l’Ordre Céleste le rend des plus dangereux, même dans le cosmos, héros et vilains sont inquiets ! Thanos, les Avengers, les Fantastiques mais aussi Éternité ou Infini sont en alerte…
(Contient les épisodes US Marvel Universe : The End 1-6, publiés précédemment dans les revues MARVEL MEGA HS 20-21)

Dans cet album, Jim Starlin ne fait pas les choses à moitié : comme indiqué par le titre, l’auteur ne fait pas moins que de détruire l’univers Marvel !

Dans cette histoire parue il y a plusieurs années, le créateur de Thanos confronte ce dernier à un ennemi d’une puissance redoutable : Akhenaton. Jim Starlin puise dans la mythologie Egyptienne pour mettre en scène un personnage d’une puissance infinie, qui a tôt fait de décimer les personnages de l’univers Marvel. Et l’ironie du sort est que le sauvetage de cet univers repose entre les mains de Thanos, le nihiliste champion de la Mort.

Sous la plume de Jim Starlin, Thanos est un personnage complexe qu’on pourrait même décrire comme au-delà des notions de bien et de mal. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’auteur n’hésite pas à renier dans ses histoires les caractérisations qui font de Thanos un banal super-vilain, vu qu’il est beaucoup plus complexe que cela. A ses côtés, on retrouve les personnages habituels des travaux de l’auteur, dont Adam Warlock qui reste toujours l’antagoniste naturel de Thanos.

Dès la première page, le lecteur est captivé par une histoire passionnante, où l’auteur va très loin dans la démesure. Manipulant des concepts qui vont bien au-delà de la simple raclée pour super-vilain – la plupart des concepts en questions ayant été créés par lui – Jim Starlin joue avec l’univers Marvel comme un sculpteur avec l’argile pour le remodeler à sa guise, n’hésitant pas à le détruire pour mieux le reconstruire. Comme souvent dans son oeuvre, le terme « bigger than life » s’applique très bien à cet album qui nous fait assister aux aventures de personnages d’une puissance incommensurable.

La sortie originale de l’histoire se plaçait dans un contexte où Joe Quesada, rédacteur en chef de Marvel à l’époque, avait exprimé qu’il mettait fin aux résurrections dans les histoires de Marvel. Jim Starlin, fidèle à son habitude de s’exprimer de façon plus ou moins cryptique sur l’univers rédactionnel de Marvel à travers ses histoires et les discours de Thanos, exploite donc cette décision éditoriale d’une façon très bien trouvée. Mais tout comme la décision en question, tout ceci n’a pas duré…

Du côté du dessin, on ne retrouve pas ses complices habituels comme Ron Lim ou Alan Davis mais Jim Starlin lui-même. Le résultat est tout simplement somptueux, avec là aussi un grand sens de la démesure pour la mise en image de ses concepts. Le seul (tout) petit bémol concerne les images avec beaucoup de personnages, où l’artiste semble un peu à la peine pour représenter tout le monde avec des poses réussies. N’est pas George Perez qui veut !

Un excellent album, passionnant d’un bout à l’autre.


Immortal Hulk tome 2
Immortal Hulk t2 - Juillet 2019

Panini Comics
Collection 100% Marvel

172 pages – 17€
Juillet 2019 – Cartonné

Al Ewing
Joe Bennett / Lee Garbett / Martin Simmonds

Le combat de Hulk contre Sasquatch a désormais révélé que le Docteur Banner est bien de retour. Et Alpha Flight comme les Avengers veulent mettre un terme à ses actions de plus en plus violentes. Mais ils ne savent pas que Hulk garde enfermé un monstre bien plus dangereux… La série d’Al Ewing et Joe Bennett plonge encore plus dans l’horreur.
(Contient les épisodes US Immortal Hulk 6-10, inédits)

Après un premier tome époustouflant, voici la suite des aventures de Hulk sous un jour original et nouveau.

Toujours sous la plume de Al Ewing, nous retrouvons donc le Hulk immortel dans la suite de ses aventures fortement teintées de surnaturel. Le colosse de jade est toujours aussi terrifiant, largement plus que par le passé et même encore plus que dans le premier tome.

Ce second album va en effet beaucoup plus loin dans le registre de l’horreur : on retrouve cette ambiance horrifique viscérale qui évoque fortement l’oeuvre du réalisateur David Cronenberg – avec même ce qui me semble être une référence directe dans un épisode – mais encore plus poussée et de façon nettement plus graphique que précédemment. Je n’irai pas par quatre chemin : le second tome de Immortal Hulk est encore plus dégueu que le premier, et il est totalement déconseillé aux lecteurs sensibles de l’estomac.

L’histoire reste en tout cas passionnante, avec d’excellentes idées à propos de Hulk. Cette vision de l’alter-ego de Bruce Banner est très originale, l’auteur explorant ici des territoires narratifs inexplorés. Hulk n’a jamais été montré sous ce jour, mettant ainsi au second plan les ambiances scientifiques et/ou de fantasy qui lui sont généralement associées pour une ambiance surnaturelle et horrifique totalement inédite. L’ambiance horrifique sied bien à Hulk, le rendant plus effrayant qu’il ne l’a jamais été et rendant encore plus hommage à son immense puissance que dans des récits plus bourrins où il se contente de tout casser.

L’aspect scientifique n’est cependant pas totalement absent, ne serait-ce que par les tentatives faites pour étudier ce monstre totalement impossible à stopper, mais une fois encore on est vraiment davantage dans le registre du film d’horreur avec ce personnage qu’il est impossible de neutraliser. La fin de l’album est quant à elle bien mystérieuse, et augure de choses vraiment désagréables pour la suite de la série ! J’espère juste pour ma part que ça n’ira pas encore plus loin sur l’horreur, car en ce qui me concerne là je suis très proches des limites de ce que je peux encaisser dans ce genre de lecture.

Du côté du dessin, trois artistes sont à l’oeuvre pour un résultat une fois encore remarquable. Les planches sont très soignées, et les amateurs de détails bien sales dans les films d’horreur seront aux anges avec certains dessins très détaillés dans ce registre.

Un excellent album, à réserver aux lecteurs avertis.


C’est tout pour aujourd’hui !

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A propos mdata

Fondateur et rédacteur principal de Watchtower Comics.

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