Rogue One : A Star Wars story

Rogue One

Le film se passe entre l’Episode III et l’épisode IV de Star Wars. Un groupe de rebelles doit voler les plans de l’Etoile noire, nouvelle arme de l’Empire. Ceci est leur histoire.

Dire que Rogue One était attendu au tournant par le public amateur de Star Wars serait un euphémisme : premier spin-off de la saga Star Wars, il s situe en plus entre les deux parties de cette saga, à savoir la trilogie originale (IV, V, VI) et la seconde trilogie (I, II, III). Si on ajoute à ça des craintes suite à des scènes qui ont été tournées de nouveau et un casting composé majoritairement de personnages inconnus (j’ai bien dit personnages, pas comédiens), il y avait de quoi inquiéter les fans de Star Wars.

En fin de compte, le film est une réussite. Particulièrement sombre, il s’agit d’un film de guerre efficace où on montre que même les « gentils » dans un conflit doivent faire des choses pas forcément jolies. Le seul reproche qu’on pourrait faire concerne la caractérisation des personnages, très succincte, même si la logique derrière ce choix se défend. Mais par contre les comédiens sont tous très investis dans leur rôles, et livrent des interprétations impeccables.

Visuellement, c’est un vrai régal pour les yeux avec non seulement des effets spéciaux très soignés (le contraire aurait été un crime de lèse majesté vu l’importance de Star Wars dans l’historique des effets spéciaux au cinéma) mais aussi une réalisation efficace avec de jolis plans. Et cerise sur le gâteau, la jonction entre Rogue One et l’Episode IV est particulièrement bien fichue, avec un soin qui confine au maniaque (mais il y a un point qui personnellement m’a dérangé, j’en parle dans la partie spoilers).

En ce qui concerne la musique, certes ça ne vaut pas une partition de John Williams mais cela reste vraiment très agréable à écouter.

Rogue One : A Star Wars story remplit haut la main son contrat et démontre qu’il est tout à fait possible de réaliser un spin-off de qualité dans l’univers de Star Wars. En ce qui me concerne, je le range juste derrière l’Empire contre-attaque en terme de qualité.

Dangers spoilers LA SUITE DE L’ARTICLE CONTIENT DES REVELATIONS SUR L’INTRIGUE (SPOILERS)

Rogue One : A Star Wars story

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L’histoire

Quand commence l’Episode IV de Star Wars, la provenance des fameux plans de l’Etoile noire ne se pose pas : l’Alliance rebelle les a récupérés, point barre. Mais comment cela s’est-il produit ? Voici donc l’occasion de le découvrir.

L’histoire de Rogue One suit une trame assez classique, comme un film de guerre « classique » : il y a une mission à accomplir et tous les moyens sont bons pour y parvenir. Les personnages sont au service d’une cause plus grande qu’eux en tant qu’individus, et du coup l’histoire tourne bien plus autour du cadre que des personnages eux-mêmes.

Fight

En tout cas on a beau savoir comment l’histoire doit se terminer (il ne faut pas se leurrer, ces personnages n’étant pas dans la suite de l’histoire de la Rebellion ils ne pouvaient que décéder), cela ne la rend pas moins poignante, surtout vers la fin. Et ce qui est particulièrement poignant, c’est ce côté sacrifice qui habite toute la fin du film : que ce soit la flotte qui agisse de façon totalement désespérée pour permettre aux plans d’être transmis, l’équipage du Rogue One qui se fait décimer ou même encore les rebelles sur le vaisseau qui se font massacrer les uns derrière les autres en formant comme une chaîne humaine de morts pour permettre le transfert des plans d’un bout à l’autre du couloir, chaque personnage est prêt à donner sa vie pour la mission, et pour la Rebellion. Et ça, c’est quand même un concept qui ne laisse pas indifférent.

A noter que le film en profite pour expliquer comment Luke Skywalker a pu détruire l’Etoile noire avec juste une torpille. C’est plutôt malin, et du coup ça réhabilite les ingénieurs impériaux qui passent pour des buses depuis des décennies.

Les personnages

En dehors de certains personnages dont la présence était obligatoire pour la continuité avec l’Episode IV, c’est une flopée de personnages inédits qui est au coeur de Rogue One.

Rogue One

Du côté des interprétations, il n’y a rien à redire. Chaque membre du casting joue son rôle avec conviction, et rien ne cloche au niveau des interprétations. Même quand elle boude, Felicity Jones boude avec justesse !

Jyn

Jyn & Cassian

Cassian

Par contre il faut reconnaitre que les personnages manquent d’épaisseur. Leur histoire est en effet assez peu creusée, et pour la plupart on se demande bien ce qui les motive à agir. Pour Jyn, c’est un peu plus détaillé vu qu’elle est la fille du concepteur principale de l’Etoile noire, mais là encore on ne sait rien de sa vie entre le moment où elle a échappé aux soldats impériaux et le début du film. Oui c’est une rebelle, qui se rebelle (et qui boude) mais en dehors de ça, on ne sait pas grand chose. Quant aux impériaux, ils ne sont pas davantage creusés car ne sont que des rouages dans l’immense machine impériale (et n’oublions pas que Dark Vador a une façon bien à lui de renouveler les états majors).

K2SO

Chirrut

Cette caractérisation succincte peut à mon avis s’expliquer par un désir de vouloir renforcer l’aspect chair à canon des personnages. En gros ils ne sont là que pour se sacrifier, donc pourquoi s’attacher à eux ? Les personnages de Rogue One ne sont pas une fin, mais un moyen. Ils servent une cause en se sacrifiant, mais ne sont pas au coeur de l’histoire. Et vue sous cet angle, leur caractérisation légère est cohérente.

Bohdi

Krennick

En tout cas s’il est un personnage dont l’apparition est aussi courte que remarquée, c’est bien Dark Vador. Alors que sa première apparition face au directeur Krennick est un peu gâchée par le rendu visuel de son casque (pour le coup il fait toc alors que c’est le vrai casque !), le jeu de massacre dans le vaisseau rebelle est par contre un pur moment de bonheur pour qui souhaite voir le sombre seigneur Sith en action. Jamais Dark Vador n’aura été aussi terrifiant, véritable machine à tuer que rien ne peut arrêter.

Dark Vador

 

Le film en général

En ce qui concerne l’aspect visuel du film, il n’y a franchement rien à redire. Rogue One c’est à la fois du grand spectacle et des scènes moins tape à l’oeil mais tout aussi efficaces. Les effets spéciaux sont éblouissants, et ce plan dans l’espace où le destroyer impérial et l’Etoile noire se dévoilent petit à petit avec des jeux de lumière est tout simplement magnifique.

Etoile noire

Croiseur impérial

Les différentes phases du film s’enchainent plutôt bien, et à partir du départ de l’équipage du Rogue one pour son ultime mission on est littéralement scotchés. Mettant en perspective la mission au sol et le combat dans l’espace (comme dans le Retour du Jedi en somme), le réalisateur nous offre ici un film de guerre particulièrement efficace qui n’a rien à envier aux classiques du genre.

En tout cas, ce qui est très impressionnant dans Rogue One, c’est le soin tout particulier qui a été apporté pour retrouver l’identité visuelle de l’Episode IV. Un piège assez courant quand on fait des prequels de films qui ont un âge respectable, c’est de de se retrouver avec des décors et des appareils qui font largement plus modernes alors qu’ils se passent avant (exemple : Promotheus vs Alien). Ici, nous retrouvons une identité visuelle qui se confond très bien avec celle du film d’origine : les scènes de mise à feu du canon géant sont les mêmes, l’informatique est tout aussi désuète, les uniformes sont identiques et même jusqu’aux figurants qui arborent des moustaches très seventies !

Rebelles

Le truc qui coince

J’en parlais plus haut, il y a un truc qui me dérange dans le film : la présence de Peter Cushing alors qu’il est décédé depuis des années.

Tarkin

Pour ce faire, un comédien a vu son visage remplacé en post-production par une reproduction numérique de celui de son prédécesseur. Techniquement, il n’y a rien à redire car c’est une véritable prouesse d’avoir un personnage incarné par un acteur mort depuis longtemps et qui interagit avec d’autres comédiens. On est loin des bidouilles que l’on a pu voir pour le moment, avec par exemple des incrustations des anciens comédiens de Doctor Who. Cependant, ce n’est pas parfait car on s’aperçoit assez vite que quelque chose cloche, surtout au niveau des yeux. Les yeux sont le reflet de l’âme comme me rappelait une de mes consoeurs, et du coup c’est clair que dans la situation présente l’âme n’est pas comprise dans le package.

Pourquoi ça me dérange ? Parce qu’à mon avis on est en haut d’une pente glissante. Je ne doute pas que Disney ait fait les choses tout à fait dans les règles, d’ailleurs les héritiers de Peter Cushing sont dument remerciés dans le générique de fin du film. En outre, il s’agissait de reprendre un comédien dans un rôle qu’il tenait déjà dans le premier film, et la démarche est tout à fait respectueuse. Soit.

Mais n’avons nous pas ouvert ici une boite de Pandore ? Lorsqu’une prouesse technique est visible dans un film, elle devient aussitôt l’objectif à atteindre pour pas mal de films qui suivent et ce avec plus ou moins de bonheur. On peut se souvenir par exemple qu’il a suffit que James Cameron fasse du morphing dans Terminator II pour que ça devienne une mode, idem pour la 3D d’Avatar. Donc il y a fort à parier que la prochaine mode sera d’avoir son acteur mort au générique, le temps que la technologie le permettant devienne plus accessible (techniquement et financièrement parlant). Et si pour Rogue One tout a été fait dans les règles, rien ne dit que demain un producteur peu scrupuleux ne trouvera pas un acteur décédé (ou une actrice décédée) dont l’ayant-droit se trouverait dans une situation financière telle qu’il signerait n’importe quoi et tant pis si le visage de papy ou mamy habille un personnage dans une situation douteuse.

Alors oui je sais je vais un peu vite en besogne, et si ça se trouve je m’inquiète pour rien. Mais j’ai suffisamment peu foi en la nature humaine pour imaginer que ceci est tout à fait possible.

L’autre point que je trouve gênant dans cette situation est un problème de fond : un acteur, ce n’est pas qu’un physique. C’est aussi une interprétation, une gestuelle, bref c’est un être vivant qui livre une prestation devant nos yeux. Là on a une poupée numérique (enfin partiellement, vu qu’il y a un acteur en dessous) et donc ce n’est pas vraiment un vrai personnage. Alors on va me dire que je m’écrase quand on a des créatures bizarres qui sont générées en post production (motion capture et cie) dans la plupart des films où le fantastique est de mise, et c’est vrai. Sauf que dans ce cas c’est pour représenter quelque chose qui n’existe pas. Pas pour prendre la place d’un humain qu’il aurait été à mon avis plus judicieux de remplacer par un acteur qui lui ressemble ne serait-ce qu’un peu (ou avec un rien de maquillage). Ce qui est le cas de Mon Mothma par exemple, et ça passe très bien !

Mon Mothma

Par contre en ce qui concerne l’apparition fugace de Carrie Fisher, rien à redire. Déjà c’est tellement court qu’on n’a pas le temps de voir si des détails choquent, mais en plus elle a le bon goût de toujours être vivante (*) donc la question de l’image et des ayant droits ne se pose pas.

 

En conclusion…

 

Premier spin-off de Star Wars, Rogue One est incontestablement un film réussi qui utilise efficacement les recettes des films de guerre pour proposer une histoire qui tient vraiment bien la route. C’est vraiment un film que j’aurai plaisir à revoir encore et encore !

Jyn

(*) Cette chronique a été écrite et mise en ligne avant la crise cardiaque et le décès de Carrie Fisher. J’ai choisi de laisser l’article en l’état, car il serait lâche de ma part de ne pas assumer mes mots. Mais je regrette sincèrement de les avoir écrits. :/