Le lundi c’est librairie ! #323

Le lundi c'est librairie !

Le lundi c’est librairie ! vous propose aujourd’hui la chronique de six albums, édités par Northstar Comics, Glénat Comics, Delcourt Comics et Urban Comics.

Au programme : Le privé t1, Chère créature, Saga t8, Les chroniques de Groom Lake, Walking dead t29 et I hate Fairyland t3.

Le privé tome 1
Le privé t1 - Mai 2017

Northstar Comics
Collection Comics

152 pages – 15€
Mai 2017 – Souple

Jrmy
Sebba

La piste à suivre n’est pas très claire et les indices sont nombreux, sans parler de toutes ces petites affaires tirées des faits divers sous lesquelles croulent le Privé ! Certes, des petites enquêtes sans importance (vraiment !?!) et qui paient à peine les factures du détective à la dérive. Toutefois, petit à petit, ce qui fait lever chaque matin notre (anti) héros, ce qui le pousse aussi souvent à se noyer dans plusieurs verres, se dévoile ! Le Privé cherche quelque chose… ou quelqu’un. Rien n’est vraiment simple dans cette histoire. Le Privé, lui-même, est un détective pas très regardant sur le client du moment qu’il paye. Il enquête souvent sur des choses pas très réjouissantes (mais en existe-t-il dans ce boulot ?) et dont personne ne veut s’occuper… la plupart du temps. Il cotoie aussi les frères Carmone, les mafieux du coin… sans doute trop souvent. Mais plus les choses avancent et plus il se rend compte qu’il ne pourra pas trouver ce qu’il cherche sans les italiens. Un mal pour un bien ? Certainement pas !

Après Hoplitéa, c’est une autre série Française publiée auparavant sous forme de fascicules qui nous est proposée par Northstar Comics, et dans un registre totalement différent.

Jrmy nous emmène en effet dans une ambiance de polar noir, sur les traces de son personnage principal : Le Privé. Un détective privé donc, pas forcément très regardant sur les boulots qu’il fait au quotidien. Mais en fait tout ceci a une explication, que l’auteur finit par nous dévoiler.

La structure de ce premier album sort de l’ordinaire, car l’auteur a opté pour une approche originale avant d’enrichir son univers. En effet, le début de l’album est constitué de récits one-shot très courts et percutants, avant que Jrmy ne finisse par approfondir le tout en reliant ces récits. C’est original et bien fichu, et il ressort de tout ceci une grande cohérence qui fait que l’édifice tout entier tient redoutablement bien la route alors qu’on aurait pu redouter que cela ne parte dans tous les sens.

L’auteur a en tout cas soigné son ambiance, avec une utilisation tout à fait judicieuse des codes des histoires de détectives. On ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce premier tome, et on se prend vite au jeu en suivant le jeu de pistes de l’auteur qui relie successivement tout ce qui au départ ne semblait avoir aucun rapport.

La partie graphique est quant à elle assurée par Sebba, et là aussi la qualité est au rendez-vous. L’artiste soigne particulièrement ses mises en pages, qui sont très travaillées et sortent de l’ordinaire. Son trait colle parfaitement à l’ambiance du récit, et on sent vraiment que l’auteur et le dessinateur sont sur la même longueur d’ondes pour donner vie aux aventures du Privé.

Le sommaire de cet album est complété par des illustrations et des explications de Jrmy sur les coulisses de la création de la série, ainsi que sur l’évolution de sa narration au fil du temps. C’est très complet et surtout très intéressant pour avoir une idée du processus créatif qui a donné naissance à la série.

Un excellent album, qui donne envie d’en lire davantage.




Chère créature
Chère créature - Février 2018

Glénat Comics
Collection Hors Collection

208 pages – 16.95€
Février 2018 – Cartonné

Jonathan Case

« La beauté est dans les yeux de celui qui regarde »
La vie de Grue, étrange humanoïde des profondeurs de l’océan, bascule lorsqu’il découvre des œuvres de Shakespeare enroulées dans une bouteille de coca… Venu à la surface pour tenter de se faire des amis, Grue est rejeté et se met alors en tête de retrouver la personne qui a jeté les pièces dans la mer. Ce qu’il trouve, c’est l’amour dans les bras de la belle Giulietta… Mais avec son passé trouble et sordide, Grue doit décider s’il est prêt à renoncer à sa véritable nature pour devenir un homme nouveau.

Il arrive de temps en temps que des oeuvres atypiques nous soient proposées dans le petit monde de la bande dessinée. Chère créature en fait partie.

Jonathan Case ne fait décidément pas les choses à moitié dans cet album : il met en effet en scène une créature bizarre venue du fond des mers, qui s’exprime comme un livre de Shakespeare et qui n’a pour véritable but que de trouver l’âme sœur même si elle s’y prend vraiment très mal et cause des catastrophes. L’ambiance est plutôt curieuse, en reprenant en effet des éléments des films d’horreurs des années 1950 mettant en scène des créatures marines venant décimer les populations humains mais en saupoudrant un certain humour

L’auteur a opté pour un ton particulièrement décalé pour son récit, Grue (la créature) ayant des conversations surréalistes avec les crustacés qui l’accompagne et des réactions souvent très bizarres face aux événements. Cela donne lieu à des situations souvent loufoques, mais sans jamais qu’il ne s’agisse de se moquer de cette créature tout aussi attachante qu’étrange.

Il est en tout cas question de tolérance tout au long de cet album : Grue a beaucoup de choses à offrir malgré son apparence différente et ses boulettes, et finalement ce n’est pas ce personnage qui est le plus inhumain de l’album quand on voit les réactions des humains en question. C’est joliment écrit, et le détournement des codes des films d’horreur est fait avec une grande habileté. On se prend vite au jeu en lisant cet album, le talent de conteur de Jonathan Case capturant le lecteur pour l’emmener dans son monde étrange.

Le graphisme de cet album est lui aussi assuré par Jonathan Case, et ce dernier nous livre un travail tout aussi remarquable que pour l’histoire. Les dessins, en noir et blanc, sont en effet vraiment très réussis et l’artiste fait transparaître de l’humanité dans le visage insolite de sa créature.

Côté bonus, nous avons droit aux recherches et dessins préliminaires de l’auteur qui nous explique au passage quelles ont été ses influences. C’est très intéressant, et cela permet de comprendre la façon de travailler de Jonathan Case.

Un excellent album, qui détourne habilement les codes des films auquel il rend hommage.




Saga tome 8
Saga t8 - Février 2018

Urban Comics
Collection Urban Indies

152 pages – 15.50€
Février 2018 – Cartonné

Brian K Vaughan
Fiona Staples

Contraints de faire escale sur la comète Phang, agitée par une guerre civile sans fin, Hazel, sa famille, mais aussi Monsieur Robot et Pétrichor y perdirent bien plus qu’un temps précieux. Izabel mourut une nouvelle fois de la lame de mercenaires appelés La Marche, les habitants de Phang furent absorbés par un terrible Temportex et l’enfant à naître d’Alana et Marko ne donne plus signe de vie depuis le décollage du vaisseau arbre… L’avenir de tous est désormais incertain.
Contenu VO : #43-48

Voici déjà venu le temps du huitième tome de Saga, qui prend la suite d’événements pour le moins tragiques qui ont frappé les personnages principaux de la série.

Comme à son habitude, Brian K. Vaughan utilise l’ambiance de space fantasy de la série pour enrober des préoccupations tout à fait actuelles de notre société. Qu’il s’agisse en effet de thèmes comme la trans-identité, l’importance de la famille ou le deuil, l’auteur use du caractère particulier de sa série pour en parler avec beaucoup de tact et de justesse, sans jamais en faire de trop.

L’ambiance de Saga est toujours aussi insolite dans ce tome, avec des personnages tous plus bizarres les uns que les autres. Mais l’auteur nous offre également de grands moments d’émotion, et même si je ne peux pas en dire de trop pour ne pas dévoiler l’intrigue il est clair qu’un passage particulier (les personnes qui l’ont lu sauront duquel je parle) est même bouleversant et j’avoue avoir eu comme une poussière dans l’œil à ce moment. Saga, c’est également une très belle leçon sur la différence et surtout sur l’acceptation de la différence, quelle qu’elle soit et si on gratte le vernis de space fantasy de la série il est clair que cette ode à la tolérance est on ne peut plus actuelle.

Caractérisation soignée, ambiance très bien pensée, histoire passionnante, rythme bien dosé : Saga a tout du sans faute et on ne se rend pas du tout compte que cela fait déjà huit tomes que nous voyageons en compagnie d’Alana et Marko. Ce huitième tome est vraiment passionnant, et donne envie d’en lire la suite très rapidement ! Mention spéciale pour les dialogues, qui sont particulièrement réussis et contribuent largement au caractère agréable de la lecture de Saga.

De son côté, Fiona Staples signe des planches très joliment dessinées comme à son habitude. L’artiste est toujours aussi à l’aise pour dessiner des planètes étranges et des créatures toutes plus insolites les unes que les autres, mais également pour faire apparaître des émotions sur les visages des personnages. Son style graphique est en tout cas une des forces de Saga, et ce depuis le premier tome.

Un excellent album, et une série qui reste excellente tome après tome.




Les chronique de Groom Lake
Les chronique de Groom Lake - Février 2018

Delcourt Comics
Collection Contrebande

128 pages – 15.50€
Février 2018 – Cartonné

Chris Ryall
Ben Templesmith

Karl Bauer est irrésistiblement attiré vers un étrange endroit, situé du côté de Roswell, dans le Nevada. Plus précisément à Groomlake, là où a été installée la fameuse Zone 51. Il y a quelques années, le père de Karl fut enlevé par des aliens, et en était revenu… changé. Aujourd’hui, Karl est pris au piège d’une conspiration visant à fabriquer des armes à l’aide d’une technologie extra-terrestre…

L’existence d’une vie extra-terrestre et la présence éventuelle de représentants d’autre mondes sur notre planète est un sujet qui alimente aussi bien la fiction que les théories depuis plusieurs décennies. Chris Ryall a décidé de s’en moquer ouvertement.

Nous avons en effet droit à une histoire qui utilise tout ce que l’on sait sur ces éventuels contacts entre humains et extra-terrestres, du crash de soucoupes volantes aux emprunts de technologie en passant par les expériences sur les personnes enlevées… pour mieux les détourner. Tout ceci est en effet employé au service d’une histoire complètement barrée, qui fait l’effet d’un Men in black sous acide (et pourtant Men in black c’est déjà pas forcément ce qu’on a vu de plus sérieux).

L’auteur nous raconte donc une histoire farfelue mais reposant sur les bases de ce qu’on peut supposer d’une collaboration occulte entre les gouvernements et des formes de vie venues d’ailleurs. C’est très drôle, avec un humour particulièrement corrosif et des situations complètement improbables mettant en scène des personnages qui ne le sont pas moins. Pour peu que vous soyez réceptif à un humour très noir, vous avez largement de quoi vous amuser dans cet album qui donne l’impression de ne pas se prendre au sérieux.

Ceci dit, même si on reste dans le grand n’importe quoi, le délire reste maîtrisé comme dans toute bonne histoire comique qui se respecte. En tout cas on ne s’ennuie pas une seconde en lisant cet album qui a le seul défaut d’avoir un goût de trop peu, car sa lecture est vraiment très divertissante.

Du côté du dessin, c’est Ben Templesmith qui tient les crayons et son style fait des merveilles pour raconter cette histoire. Pour un récit aussi barré, il fallait en effet un artiste dont le trait n’est pas conventionnel et c’est justement le cas, ce qui permet d’avoir une parfaite restitution visuelle du côté barré de l’histoire.

Un excellent album, qui traite de la vie extra-terrestre d’une façon très irrespectueuse pour le plus grand bonheur du lecteur.




Walking dead tome 29
Walking dead t29 - Mars 2018

Delcourt Comics
Collection Contrebande

152 pages – 14.95€
Mars 2018 – Souple

Robert Kirkman
Charlie Adlard / Stefano Gaudiano

Carl ne parvient pas à admettre la mort d’Andrea. Tandis que Rick fait au mieux, Maggie n’accepte pas sa décision de laisser Negan en liberté et le fait étroitement surveillé. Eugene contacte Stephanie par radio et ils conviennent de se rencontrer. À la suite de ces tragiques événements, Rick envisage d’établir une communauté dans l’Ohio. Une nouvelle ère débute pour les survivants de l’apocalypse…

Depuis le début de la série, Robert Kirkman divise ses histoires en cycles avec le plus souvent une conclusion apocalyptique à l’un d’entre eux pour amorcer une reconstruction dans le suivant. Ce vingt-neuvième tome amorce donc un nouveau cycle, suite aux événements dramatiques qui ont précédé.

Walking dead est en effet un peu comme les montagnes russes : on monte, on monte mais à un moment il faut bien redescendre brutalement avant de remonter une nouvelle fois. L’auteur a depuis quelques albums surpris les lecteurs en donnant une importance croissante à Negan, qui est tout de même à la fois l’un des méchants les plus mémorables de la série tout en étant le seul qui ait survécu et même amorcé un processus de rédemption.

Du coup, Negan en éclipse presque Rick en devenant largement plus intéressant que lui. Même si Negan n’est pas au coeur de toutes les intrigues en cours, les siennes sont les plus intéressantes tandis que l’on assiste à l’évolution de ce qui n’était au départ qu’un « simple » méchant. L’auteur semble avoir des plans très précis pour ce personnage, pourquoi même ne pas imaginer que l’indestructible Rick ne finisse par tirer sa révérence et que Negan ne devienne le nouveau « héros » de Walking dead ? A ce stade, c’est tout à fait possible, malgré les dernières péripéties vécues par le survivant au langage fleuri.

En dehors de ce qui touche à Negan, les situations ont un peu un air de déjà vu mais cela est inhérent à la structure cyclique du récit. On ne s’étonne donc pas de ce qui se passe, mais il y a suffisamment de variations dans la partition pour qu’elle ne donne pas l’impression d’être un tube passé en boucle à la radio mais au contraire une oeuvre suffisamment complexe pour continuer à séduire malgré les ressemblances avec ce qui précède. Ce nouvel album est donc intéressant, ouvrant des perspectives qui ne le sont pas moins.

Les dessins de l’album, signés Charlie Adlard et Stefano Gaudiano, sont quant à eux très réussis. Le graphisme est toujours plus soigné, et on peut se réjouir une nouvelle fois de la progression effectuée depuis les débuts de Walking dead.

Le sommaire de l’album est complété par un preview (en couleurs) de Oblivion song, la nouvelle série de Robert Kirkman. Ce début est intriguant, mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

Un excellent album, avec une bonne utilisation du caractère cyclique de la série tout en trouvant le moyen d’innover.




I hate Fairyland tome 3
I hate Fairyland t3 - Mars 2018

Urban Comics
Collection Urban Indies

136 pages – 15.50€
Mars 2018 – Cartonné

Skottie Young

Il aura fallu à Gertrude quarante longues années de cauchemar pour réaliser que son penchant pour les crimes sanguinolents n’était peut-être pas un atout majeur pour se sortir du guêpier doucereux dans lequel elle s’est fourrée. Depuis cette épiphanie, elle essaie donc de se racheter une conduite, enchaînant les bonnes actions, les gentillesses et autres déclarations d’affection… Mais n’y aurait-il pas anguille sous roche ?
Contenu VO : I Hate Fairyland vol3 (#11-15)

Gertrude, la petite peste aux cheveux verts perdue dans le monde de Fairyland, est de retour pour de nouvelles aventures. Est ce que Skottie Young se serait calmé pour ce troisième tome ? Pas du tout, et c’est tant mieux !

Skottie Young nous offre en effet un nouvel album totalement déjanté, permettant une nouvelle fois à son héroïne de se déchainer. Les situations loufoques se succèdent au rythme des expressions toujours plus inventives de la furie à la chevelure verte pour exprimer des grossièretés sans en avoir l’air. Le rythme est toujours très soutenu, dans une ambiance hystérique qui une fois encore fait se poser des questions sur la santé mentale de l’auteur.

Nous voici donc repartis pour une succession de gags de plus ou moins bon goût, dans un humour noir savamment dosé et un détournement jouissif de tout ce qui ressemble de près ou de loin à des histoires féériques ou des récits épiques. Skottie Young en profite même pour glisser l’air de rien un récit d’origines (enfin au début, après ça part dans le mur comme d’habitude), qui offre un bref répit dans cet album au rythme soutenu.

Il va sans dire que ce troisième tome est tout aussi réussi que les deux précédents, et que si vous avez aimé ces derniers justement il serait temps d’aller faire un tour du côté de chez votre libraire pour la suite des aventures de Gertrude qui sont toujours aussi agréables à lire. Et puisqu’on parle de suite, il faut espérer que le tome suivant ne sera pas trop long à venir car la fin de ce troisième album sont riches en promesses qui si elles sont tenues ont largement de quoi malmener une nouvelle fois nos pauvres petits zygomatiques qui ont déjà bien souffert depuis le début de la série.

Sur le plan graphique, c’est toujours Skottie Young qui tient les crayons, avec un style inimitable qui fait la joie des lecteurs depuis ses débuts, que ce soit pour cette série ou d’autres délires chez d’autres éditeurs. Le délire en est palpable avec cette façon toute particulière de dessiner les personnages, avec des gags visuels en prime.

Un excellent album, tout aussi barré que les précédents.





C’est tout pour aujourd’hui !

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A propos mdata

Administrateur et rédacteur principal de Watchtower Comics.

2 réponses à Le lundi c’est librairie ! #323

  1. JN dit :

    6 titres chroniqués… Rien que ça…. Bravo !!! 🙂

    Groomlake semble bien barré effectivement.

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