Le lundi c’est librairie #282

 

Le lundi c'est librairie !

Le lundi c’est librairie ! vous propose aujourd’hui la chronique de trois albums édités par Delcourt Comics.

Au programme : Le sauveur, Invincible t21 et Les adultes n’existent pas.

Le sauveur
Le sauveur - Mars 2017

Delcourt Comics
Collection Contrebande

224 pages – 17.95€
Mars 2017 – Cartonné

Todd Mc Farlane / Brian Holguin
Clayton Crain

 

À la suite d’un crash d’avion, un homme visiblement sans passé ni identité ni mémoire, fait son apparition. Il semble doté de pouvoirs quasi-divins, qui ressemblent à s’y méprendre à ceux d’un mec dont on nous a parlé au catéchisme. Qu’il soit une menace ou un héros, personne ne peut cependant ignorer sa présence. Et si l’homme le plus puissant, donc le plus dangereux, du monde… était aussi celui capable de le sauver ?

Dans cet album, Todd McFarlane et Brian Holguin emmènent le lecteur dans une ambiance de mystère. En commençant par la fin, les auteurs lancent d’emblée le lecteur dans le grand bain de leur narration en espérant qu’il surnagera le temps qu’ils envoient une bouée. Les explications viennent au fur et à mesure, distillées par petites touches. L’histoire est en tout cas intéressante, et sort des sentiers battus. La thématique du sauveur a souvent été exploitée, mais pas de cette façon qui donne une grande liberté d’interprétation au lecteur. On assiste en effet au fil des pages à des situations fantastiques, mais sans pour autant avoir des explications très précises. Les auteurs laissent donc le lecteur se faire sa propre idée du pourquoi du comment, suivant sa propre sensibilité. Mais il y a aussi tout le côté plus terre à terre (la catastrophe, la réaction des gens face à cet homme mystérieux) qui par contre est traité de façon plus classique et sans ambiguïté. En tout cas, ce tome se lit vraiment très bien, même s’il est clair qu’il faut rester très attentif pour ne rien rater (ce n’est pas une BD qu’on lit d’un oeil distrait en comptant sur la narration pour garder le fil). Malgré l’absence de numéro sur cet album il ne s’agit que du début de l’histoire – même si on peut très bien prendre ce tome comme un récit stand alone – et je suis curieux de voir ce que peut en donner la suite. Je me demande d’ailleurs si les zones de flou resteront, ou si les auteurs finiront par guider plus fermement le lecteur sur le chemin de la vérité au sujet de leur récit. En attendant, apprécions déjà ce premier tome pour lui-même et pour le moment de lecture intéressant qu’il procure.

Le graphisme, signé Clayton Crain, est quant à lui assez particulier. En ce qui me concerne, je ne raffole pas de son style assez froid et sombre et son utilisation massive de l’outil informatique avec ses travers (certes cases sentent le copier/coller). Je recommande de feuilleter l’album avant achat, pour être sûr que ce style vous plaira.

Un très bon album, à l’histoire captivante et mystérieuse.




Invincible tome 21
Invincible t21 - Avril 2017

Delcourt Comics
Collection Contrebande

160 pages – 15.95€
Avril 2017 – Cartonné

Robert Kirkman
Ryan Ottley

 

Dans la foulée de la tentative de Robot de conquérir le monde, les survivants tentent de mettre en ordre ce qui reste de leur existence. Invincible et Atom Eve de leur côté ont fort à faire avec une nouvelle aventure qui commence : celle de parents. Et pour la vivre le plus pleinement possible, ils décident de quitter la Terre et d’aller s’installer sur une autre planète…

Après avoir mis en place le nouveau status-quo de la série dans le tome précédent, Robert Kirkman trouve le moyen de surprendre une nouvelle fois le lecteur. On aurait en effet pu penser qu’on aurait eu droit à une révolution qui se met en place et Invincible qui sauve la civilisation une fois encore – car c’est déjà arrivé même si ce n’était pas dans le même cadre – mais en fait pas du tout. L’auteur prend en effet le contrepied total de ce qu’on pouvait attendre pour donner une nouvelle direction à la série. Et le pire, c’est que ça marche ! Ce tome est en effet vraiment intéressant, l’idée de faire vivre Mark et Eve hors de la Terre étant non seulement excellente mais en plus très bien exploitée. On retrouve certes quelques touches d’humour (pas toujours très subtiles) mais aussi des choses très censées (et très vraies) sur le quotidien d’un jeune couple expatrié (et rassurez vous, il y a toujours de la baston bien violente). Certes, le cadre est résolument fictionnel vu l’endroit choisi par les deux personnages pour prendre un nouveau départ, mais dans la vraie vie de tous les jours ça ne serait pas tellement différent s’il s’agissait de changer de continent. On peut aussi apprécier qu’un évènement important du tome précédent (ce qui est arrivé à Mark, je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler les personnes qui n’auraient pas encore lu le tome 20) ne soit pas tombé aux oubliettes ou traité par dessus la jambe. Robert Kirkman traite en effet ce sujet on ne peut plus sérieux avec beaucoup de justesse et de pudeur, et c’est d’autant plus appréciable qu’il ne s’agit pas de quelque chose dont on parle souvent. Ce vingt-et-unième tome est en tout cas une grande réussite, captivant de bout en bout et les pistes qui s’y trouvent sur ce qui nous attend sont prometteuses.

Du côté du dessin, Ryan Ottley assure une prestation tout aussi impeccable que sur les tome précédents. La partie hors Terre est bien illustrée et la longue bagarre est particulièrement gore (et en tant que parent je ne raffole pas du choix d’avoir choisi la couverture qui va avec pour l’album Français).

Côté bonus, le traditionnel sketchbook autosatisfait des auteurs est de la partie.

Un excellent album, qui ne pourra que ravir les fans d’Invincible.




Les adultes n’existent pas
Les adultes n'existent pas - Avril 2017

Delcourt Comics
Collection Humour de rire

112 pages – 15.50€
Avril 2017 – Cartonné

Sarah Andersen

 

Vous débordez d’ambition ? Votre vie sociale est d’une richesse inouïe ? Les responsabilités ne vous font pas peur et l’âge adulte représente pour vous un défi passionnant ? Alors ce livre n’est pas pour vous !
À travers son personnage caustique, mignon et drôle, Sarah croque avec beaucoup de mordant les petits et grands tracas de sa vie. Ses flemmes, ses envies, son travail, sa touchante misanthropie ou encore ses truculentes pensées existentielles. Autrement dit, les difficultés de beaucoup de jeunes adultes d’aujourd’hui ! Une apparente légèreté pour des réflexions toujours en plein dans le mille.

Dans cet album, Sarah Andersen traite des personnes qui n’ont pas forcément droit de cité dans la littérature ou la bande dessinée : les introvertis (les vrais, ceux qui vont tourner une heure autour d’une personne avant d’oser lui demander l’heure), les timides, les gens qui sont mal à l’aise en société et qui ont du mal à se faire une place en essayant de rentrer dans un moule qui n’est pas fait pour eux… bref l’antithèse des gens bien dans leur peau et sûr d’eux. D’une page à l’autre (chaque page racontant une histoire), Sarah Andersen traite avec beaucoup d’humour, de tendresse et de justesse le quotidien de son personnage. Les situations sont toutes très drôles, et pour peu que vous ayez quelques points communs avec le personnage et ses difficultés sociales il est clair qu’à un moment vous vous reconnaitrez en vous disant que vous avez vécu la même chose. Le côté strip de l’album s’explique par la publication initiale du contenu sur internet et colle parfaitement au ton de la série, ce qui fait aussi qu’il est très difficile d’en décrocher une fois qu’on a commencé à le lire : « allez encore une page », « bon allez juste une histoire de plus »… « ah bin ça y’est c’est fini » (et il est tard). Cet album est en tout cas une vraie réussite, très agréable à lire et un remède idéal au coup de cafard. C’est en plus un joli cadeau à faire à une personne qui présente des similitudes avec le personnage du livre, car les introvertis ne sont jamais tournés en ridicule ou moqués : au contraire, l’humour de l’autrice fait qu’on rit soi-même de ses propres travers plutôt que de se sentir moqué par quelqu’un qui se ficherait de vous (et ce n’est en plus pas du tout le cas, car ça sent le vécu au contraire).

Du côté du dessin, le style de Sarah Andersen est tout à fait adapté pour le côté strip humoristique de sa série. Son graphisme est à la fois amusant et très expressif, et surtout très efficace.

Un excellent album, amusant et tellement vrai.




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