Le lundi c’est librairie ! #269

Le lundi c'est librairie !

Le lundi c’est librairie ! vous propose ce matin la chronique de quatre albums édités par Delcourt Comics.

Au programme : Monstress t1, Hellboy & BPRD t2, Tony Chu t12 et Rachel rising t7.

Monstress tome 1
Monstress t1 - Janvier 2017

Delcourt Comics
Collection Contrebande

208 pages – 19.99€
Janvier 2017 – Cartonné

Marjorie Liu
Sara Takeda

 

Mélange de steampunk et de Kaiju, ce récit se déroule dans une Asie uchronique du début du XXe siècle, dans un univers influencé par le style Art déco.
Maika est une jeune adolescente qui partage un lien psychique avec un monstre aux pouvoirs incommensurables. Et ce lien va profondément les affecter tous les deux. Il va placer Maika au centre d’une guerre terrible entre les Humains et des forces issues d’un autre monde…



Dans cet imposant premier tome nous attend une histoire qui n’est semblable à nulle autre. Le texte de présentation pouvait nous le laisser supposer, mais il est clair qu’au fil des pages nous sommes face à une histoire particulièrement originale.

Dans un cadre dont on ne découvre les clefs et les codes que petit à petit, Marjorie Liu nous raconte l’histoire d’une jeune adolescente dont la quête l’emmène très loin sur les chemins obscurs de la vengeance. Mais il serait très réducteur de se contenter de ça pour parler de ce premier tome. Nous avons en effet affaire à un univers très riche et cohérent, très fortement influencé par les légendes orientales dans une ambiance résolument unique. Le rythme de progression choisi par Marjorie Liu est très bien dosé, et de ce fait le lecteur découvre l’univers au fur et à mesure sans ne jamais se retrouver coincé parce qu’il lui manque les clefs pour le comprendre. Les réponses arrivent donc à chaque fois à point nommé, et on ne s’ennuie jamais au cours de la lecture de cet album. Je me demande vraiment jusqu’où on va nous emmener dans la suite de l’histoire, mais en tout cas pour un début c’est déjà captivant. Ce premier tome est en effet très difficile à reposer une fois qu’on en a commencé la lecture, et pour être honnête j’ai même failli rater ma gare tellement j’étais absorbé dans sa lecture. Ambiance fascinante, héroïne attachante, mystères en tous genre… cet album a tous les ingrédients d’une réussite et je suis assez impatient d’en lire la suite.

La partie graphique est quant à elle signée Sara Takeda, et là aussi l’influence orientale sur le récit est particulièrement visible. La représentation des visages est en effet très évocatrice du style généralement adopté par les mangaka. En tout cas l’identité graphique de la série est tout aussi unique que son scénario, et ce premier tome est également une réussite sur le plan visuel.

Un excellent album, qui nous emmène dans un univers fascinant.

 




Hellboy & BPRD tome 2
Hellboy & BPRD t2 - Février 2017

Delcourt Comics
Collection Contrebande

144 pages – 15.95€
Février 2017 – Cartonné

Mike Mignola / Chris Roberson
Ben Stenbeck / Michael Walsh / Paolo Rivera

 

Hellboy et son mentor, le professeur Bruttenholm (prononcez « Broom »), se rendent en Angleterre et font face à la main fantôme d’un meurtrier, à un démon aquatique ainsi qu’aux plus horribles figures folkloriques Britanniques. De retour aux États-Unis, il rejoint l’équipe du B.P.R.D. rencontrée dans le tome précédent et s’attaque à un monstre qui ravage une communauté…


Tome après tome, les auteurs explorent le passé de Hellboy et reviennent sur son passé au sein du BPRD. Ce second tome raconte donc la suite de ses premières aventures.

Chris Roberson et Mike Mignola nous proposent dans cet album une collection de récits qui mettent en scène Hellboy et ses équipiers du BPRD dans les années 1950. Comme à l’accoutumée, ils nous gâtent avec une galerie d’adversaires tous plus redoutables et originaux les uns que les autres dans une atmosphère résolument imprégnée de mysticisme. Les différentes histoires sont toutes passionnantes, et les différents personnages (Hellboy en tête bien sûr) sont très bien caractérisés. Il est intéressant de découvrir ces premiers récits en gardant en tête ce qui arrivera par la suite, ce qui donne un petit côté « s’ils savaient ce qui les attend » à la fois agréable (car il ne faut pas se leurrer, il est souvent agréable de « connaitre » le futur) et triste vu que justement ce qui les attend n’est pas bien gai. Il y a pas mal d’action dans ces pages, mais sans que cela ne soit gratuit ni du bourrin décérébré. D’ailleurs rien n’est jamais gratuit dans l’univers de Hellboy, et le plus souvent un petit détail qui peut paraître anodin aura son importance dans une histoire ultérieure. Ce qui donne à l’univers de Hellboy une grande cohérence, qui fait sa force et son intérêt.

Du côté du dessin, les différents artistes à l’oeuvre nous offrent de bien jolies planches, dans des styles différents. La partie de l’album plus « lumineuse » que ce qu’on a l’habitude de voir en ce qui concerne l’univers de Hellboy fait un peu bizarre, non pas parce qu’elle n’est pas réussie (au contraire) mais justement parce qu’on n’a pas l’habitude de voir cet univers sous ce jour moins sombre.

Côté bonus, cet album est une mine d’or pour le lecteur qui s’intéresse un tant soit peu au processus créatif de la bande dessinée. Le sketchbook commenté contient également une planche qui passe du crayonné aux étapes ultérieures, et les annotations des artistes sont très intéressantes.

Un excellent album, qui enrichit une fois de plus l’univers de Hellboy.




Tony Chu, détective cannibale tome 12
Tony Chu, détective cannibale t12 - Février 2017

Delcourt Comics
Collection Contrebande

160 pages – 15.95€
Février 2017 – Cartonné

John Layman
Rob Guillory

 

Tony Chu parvient enfin à boucler son enquête, révélant la vérité au sujet de cette grippe aviaire qui a tué des millions d’individus. Mason Savoy, son ex-mentor, également cibopathe et aussi meurtrier, l’a suivi au bout de cette quête… Mais vient de trouver la mort. Tony n’a qu’une solution pour connaître toute la vérité. Il doit manger Savoy…


Sept ans. Douze tomes. Une quantité invraisemblable de pouvoirs alimentaires. Voilà, on y est, c’est la fin des aventures de Tony Chu avec un ultime tome qui termine l’histoire la plus barrée de ces dernières années.

Il est en effet temps pour John Layman de mettre un terme aux aventures de Tony Chu (Chew en VO, mais le jeu de mots est intraduisible), le détective cibopathe. Une dernière fois, l’auteur va donc mettre en scène son univers loufoque à l’humour très noir et il va surtout apporter au lecteur des réponses aux questions qu’il se pose depuis le premier tome. Cette conclusion est en tout cas très bien ficelée, avec un équilibre très bien dosé entre le délire et des choses beaucoup plus sérieuses. Cela faisait déjà plusieurs tomes qu’un virage pouvait être observé, comme si l’auteur nous disait « Bon on a bien déliré mais soyons sérieux deux minutes », et c’est encore flagrant dans cet ultime album. Mais ce n’est pas pour autant qu’on ne retrouve pas cette folie maitrisée qui est la marque de fabrique de la série avec un certain mauvais goût assumé et un humour très noir. En tout cas, si vous avez aimé la série il est clair que cette conclusion vous plaira car elle est vraiment dans la lignée de ce qui a été fait jusque là dans cet univers barge (avec même un retour hilarant et parodique). Tony Chu aura été une expérience particulièrement insolite au bout des douze tomes, mais qu’on aime ou pas la série on ne peut que reconnaitre une certaine constance dans son niveau et une fidélité à sa ligne directrice malgré le regain de sérieux dont il était question plus haut.

Du côté du dessin, une nouvelle fois nous avons droit à des planches loufoques signées Rob Guillory. Il faut vraiment rendre hommage à la puissance comique de l’artiste, dont le trait cartoony permet de faire passer en douceur les situations les plus douteuses. Et là aussi, le niveau aura été constant de tome en tome.

Une gallerie d’illustrations et deux postfaces complètent le sommaire de l’album, qui est d’ailleurs vendu sous film avec un magnet offert. Et je ne sais pas vous, mais personnellement ça m’amuse de coller un magnet de « détective cannibale » sur mon frigo ! 🙂

Un excellent album, qui clôture en beauté une série unique en son genre.

 




Rachel rising tome 7
Rachel rising t7 - Février 2017

Delcourt Comics
Collection Contrebande

128 pages – 14.50€
Février 2017 – Souple

Terry Moore

 

Rachel parvient à sauver in extremis la vie de Zoé, et retrouve la trace de Malus, le démon, en scrutant les yeux de sa dernière victime. C’est en revanche Lilith qui est confrontée à celui-ci et devra se battre pour préserver le futur de l’Humanité. Un final époustouflant pour cette superbe série !


Tout a une fin, et c’est maintenant au tour de Rachel de tirer sa révérence dans un ultime album de son insolite histoire. Tout au long de la série, Terry Moore a joué avec le lecteur. Avec des rebondissements parfaitement dosés et prompts à faire sursauter le lecteur au moment où il s’y attendait le moins ou à bousculer ses certitudes, l’auteur a joué la carte de la surprise d’un album à l’autre. Mais il a également, comme à son habitude, parfaitement traité les rapports entre les personnages dont la caractérisation est très soignée.

Cet ultime album ne fait pas exception, et l’auteur nous offre un dernier tour de piste dans l’univers insolite de Rachel qui ne démérite pas face aux tomes précédents. La conclusion de l’aventure, avec au passage un ultime pied de nez vers le lecteur, est très bien faite et les réponses apportées aux questions qu’on se pose depuis le début sont tout à fait satisfaisantes. Une fois de plus, l’émotion est très bien dosée avec des passages touchants mais sans en faire de trop. Vu les thématiques abordées, il aurait été facile de verser dans le mielleux mais le talent de Terry Moore lui permet de sauter par dessus cet obstacle avec facilité et de ne pas tomber dans le piège. La composante horrifique de l’histoire, présente depuis le premier tome, est toujours présente mais ne sert en aucun cas à justifier des passages riches en tripes dégoulinantes. Au contraire, l’horreur est plus viscérale, plus insidieuse et au final plus effrayante qu’une foire aux intestins tartinés sur les murs. En tout cas, cette série aura été captivante de bout en bout et cet ultime tome termine en beauté les aventures de Rachel.

Du côté du dessin, une nouvelle fois Terry Moore montre son talent en nous offrant des planches très réussies. Le noir et blanc sied particulièrement bien à son style, et les dessins sont vraiment très réussis.

Un excellent album, et une conclusion très bien pensée pour une série qui vaut le détour.

 




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