Le lundi c’est librairie ! #6

Le lundi c'est librairie

 

Cette semaine, nous allons voir quelques albums datant du début de l’année accompagnés d’un album qui est sorti mercredi dernier.

Je vous propose donc de nous intéresser à The Boys t9, Project Superpowers t3, Daredevil t21 et The Unwritten t1.

The Boys 9The Boys t9 : On passe aux choses sérieuses

The Boys est une série assez surprenante. Au début, c’était surtout un énorme délire de Garth Ennis, où il exprimait tout son mépris pour le genre super-héroïque à travers des parodies très trash de héros bien connus. Et puis au fil du temps, la véritable histoire de cette série a pris de l’ampleur et après un tome totalement délirant sur les travers des crossovers, voici un tome nettement plus sérieux. On retrouve en effet l’équipe de Butcher aux prises avec des adversaires particulièrement puissants, dans des combats très féroces au cours desquels ils se prennent des gnons. On retrouve toujours des parodies made in Ennis de personnages de comics (on a notamment ici une version de Thor assez spéciale), mais même s’il y a toujours des petites pointes d’humour de temps en temps le ton à changé. Après la grosse blague, il est temps de s’attaquer au problème, ce qui du coup marque un parallèle entre la narration et le contenu du récit lui-même (l’équipe de Butcher passant également la vitesse supérieure). Cela ne diminue pas la qualité du titre, car on suit toujours avec beaucoup de plaisir les aventures de cette bande de barges et les piques envers l’univers des comics sont savoureuses (ici on peut deviner que c’est DC qui en prend pour son grade avec l’histoire du faux viol). Côté dessin, malheureusement on ne retrouve pas la qualité des premiers tomes illustrés par un Darrick Robertson inspiré, les différents dessinateurs livrent cependant un travail très correct qui sert parfaitement le récit.


Project Superpowers 3Project Superpowers t3 : Quand trop de héros tue le héros

Project Superpowers est un titre qui exploite un concept similaire à The Twelve, à savoir l’arrivée dans le monde moderne de héros du golden age. La principale différence est que là où JMS avait inventé des personnages, Alex Ross et Jim Krueger utilisent d’authentiques héros du golden age tombés dans le domaine public. Ce troisième tome inaugure un nouvel arc, où les héros sont confrontés à leurs sidekicks et à d’autres héros manipulés par ceux qui tirent les ficelles depuis le premier tome. Je suis assez mitigé sur ce troisième volume, alors que j’avais bien aimé les deux premiers (cependant nettement inférieurs à The Twelve). L’intrigue est en effet assez tarabiscotée et les auteurs utilisent tellement de « vieux » héros que le récit en devient presque indigeste par moments. A mon avis, le récit aurait grandement gagné en fluidité en écrémant sérieusement le casting plutôt que de donner l’impression d’un who’s who du golden age. Il y a aussi des parties un peu molles, les sidekicks mettant quand même pas mal de temps à se remuer les fesses. L’album n’est cependant pas désagréable à lire, il y a de très bonnes idées mais les défauts dont je viens de parler plombent malheureusement le récit. Du côté du dessin, c’est très correct, Edgar Salazar signe des planches assez agréables à regarder. A noter pour une fois un choix discutable de traduction par Alex Nikolavitch : il a en effet traduit Captain Future par Capitaine Flam. Ce qui n’est pas totalement incorrect, vu que le personnage du dessin animé est inspiré du personnage de pulp’s Captain Future, mais vu que là il s’agit de la version d’origine du personnage il aurait été à mon avis plus judicieux de garder le nom original.


Daredevil 21Daredevil t21 : La catastrophe n’a pas eu lieu

Depuis que Daredevil est entre les mains du scénariste Andy Diggle (Losers), j’ai lu énormément d’avis négatifs sur son run, qualifié par beaucoup de gens comme l’une des pires périodes de Daredevil (qui en a pourtant connu des très mauvaises avant que le personnage ne soit transcendé par Frank Miller). Et bien j’ai eu bien fait de ne pas passer mon chemin, parce que je pense que la catastrophe annoncée n’a pas eu lieu. Certes, nous ne sommes pas dans le registre de Miller, Bendis ou même Brubacker, mais je dirais que ce n’est pas parce que c’est différent que c’est forcément mauvais. Le nouveau status-quo du héros, à savoir la direction de La Main, est plutôt bien géré et les deux récits de l’album se lisent sans déplaisir. On retrouve ici une ambiance dans le genre de la période ninja de Miller, mais franchement ça tient plutôt bien la route et l’alternance de bastons et de magouilles à divers niveaux est plutôt bien fichue(reste à voir ce que ça va donner avec Shadowland, dont ces récits sont le prologue). Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le meilleur Daredevil que j’ai lu, car ce serait faux, mais ça reste du Daredevil très correct qui remplit ses deux objectifs : donner du plaisir de lecture et donner envie de lire la suite. Du côté du dessin, c’est vraiment pas mal, donnant une ambiance assez réussie à cet album.


The Unwritten 1The Unwritten t1 : Un concept original pour une histoire passionnante

Il y a plusieurs mois, Jérémy Manesse parlait avec enthousiasme sur son blog de son travail de traduction sur The Unwritten, dont il conseillait vivement la lecture. Connaissant son goût très sûr, ça m’a donné envie de m’y mettre, et très franchement je ne le regrette pas. Le concept est vraiment très original :  explorer le pouvoir de la littérature et la minceur de la barrière entre l’imaginaire et le réel, notamment au travers de l’histoire d’un jeune homme qui serait passé d’un monde à l’autre (alors que tout le monde pensait qu’il avait servi d’inspiration à son père pour le héros d’une série ressemblant à Harry Potter). Dès le début de l’album, l’intrigue est assez complexe et semble très riche. Si le but de l’auteur (Mike Carey) est de désorienter le lecteur autant que le personnage principal (qui découvre au fil du temps que sa vie n’est pas ce qu’il croyait), alors c’est très réussi car à aucun moment nous ne pouvons déclarer avoir deviné ce que l’auteur nous réserve au détour d’une page. En plus des péripéties vécues par Tommy Taylor, nous avons droit à un petit récit mettant en scène Rudyard Kipling et illustrant le pouvoir des mots et de l’imaginaire. Tout ceci se lit avec grand plaisir, sans forcément avoir besoin de références pointues en littérature. Du côté du dessin, le trait de Peter Gross est épuré et parfaitement adapté à l’ambiance particulière de la série. Un album passionnant au service d’un concept fascinant !


Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. La semaine prochaine, nous allons continuer à remonter le temps, avant que de nouvelles sorties librairie ne pointent le bout de leur nez 😉