Le lundi c’est librairie ! #24

Le lundi c'est librairie #24

Comme promis la semaine dernière, Le lundi c’est librairie ! parlera cette semaine d’un énigmatique personnage qui fournit aux gens une mallette contenant une arme et cent cartouches non identifiables.

Je vous propose en effet de nous intéresser cette semaine aux quatre premiers tomes de la série 100 Bullets, que j’ai découverte cette été.

100 Bullets 1100 Bullets t1 : Un album qui fait démarrer la série sur les chapeaux de roue

Dans ce premier album de 100 Bullets, Brian Azzarello pose le décor dès les premières pages : l’énigmatique agent Graves offre à une ex-détenue la possibilité de se venger en lui fournissant une mallette qui contient une arme et cent cartouches (les fameuses « 100 Bullets ») non identifiables. C’est le début d’un polar particulièrement sombre, où il n’y a pas de « héros » ou de « méchants », juste des gens qui ne sont pas forcément du bon côté de la barrière mais qui font ce qu’ils peuvent pour s’en sortir. Alors que le premier arc pouvait laisser penser que la série ne serait qu’une succession de récits totalement indépendants, le second installe déjà des éléments qui laissent penser que l’histoire est plus complexe qu’elle en a l’air (même si la fameuse impunité de la personne qui reçoit la mallette, évoquée dans le premier arc, est très mystérieuse et laisse penser que tout ceci n’est pas uniquement l’histoire d’un cinglé qui arme des gens au hasard). On retrouve une seconde fois un début « fixe » (Graves, la mallette et quelqu’un qui a de bonne raisons de s’en servir), mais une trame se met en place impliquant l’Agent Graves et une mystérieuse organisation qui est ici à peine esquissée par de subtiles allusions. Puis un court épisode clôture l’album, simple mais efficace. En tout cas, 100 Bullets, à l’instar de Scalped, est un polar âpre et violent, où ne subsiste aucune lueur d’espoir pour qui que ce soit, et qu’il vaut mieux éviter de lire si on est un peu déprimé…Du côté du dessin, signé Eduardo Risso, nous avons droit à des planches très stylées et de très jolis effets d’ombres qui servent parfaitement le récit en lui offrant une ambiance bien sombre. En ce qui me concerne, c’est cet album qui m’a convaincu de me lancer dans la série, donc si vous hésitez, essayez ce premier tome et vous saurez très vite si 100 Bullets est fait pour vous ou non.


100 Bullets 2100 Bullets t2 : On passe aux choses sérieuses !

L’album s’ouvre avec une histoire qui, malgré la présence de l’agent Graves et de ses cadeaux, ne semble pas évoquer la « mythologie » de 100 Bullets (un peu comme X-Files qui alternait les épisodes « freak of the week » et « complot »). Il s’agit d’une histoire classique et pourtant efficace, parlant de jeu, d’amitié trahie et de vengeance. Une fois encore la magie opère et les pages défilent les unes derrières les autres sans voir le temps passer. On passe ensuite à un épisode qui est cette fois centré sur l’Agent Graves, et qui nous fait nous poser plein de questions sur le pourquoi du comment, avec notamment l’évocation du terme « Minutemen » qui semble être lourd de sens, le fameux Sheperd qu’on aperçoit de temps en temps au détour d’un épisode et une histoire à Atlantic City. Graves y apparait toujours aussi manipulateur, ayant une façon bien à lui de s’occuper d’un personnage qui « dérange »…On termine ensuite avec l’arc qui donne son nom à l’album, à savoir Le marchand de glaces. Cet arc est assez surprenant : d’emblée on peut penser que l’épisode avec Graves servait d’intermède « Trust » et que cet arc serait comme le premier…pourtant via un twist particulièrement bien fichu on s’aperçoit brutalement qu’Azzarello nous a fait tourner en bourrique et que cet arc est au contraire très lié au « background » de 100 Bullets, continuant de faire naitre des interrogations dans l’esprit du lecteur. Tout ceci est en tout cas fort bien écrit (c’est toujours aussi noir au fait) et donne envie d’en lire plus, beaucoup plus…Du côté du dessin, rien à redire, Eduardo Risso nous offre encore des planches fort réussies qui habillent l’histoire avec classe et style.


100 Bullets 3100 Bullets t3 : Plein de réponses…mais également de nouvelles questions !

L’album commence par une histoire courte, que l’on pourrait qualifier de « classique » dans l’univers de 100 Bullets : L’agent Graves donne la fameuse mallette à une personne qui aura toutes les raisons de s’en servir. Le sujet est plutôt difficile, voire même périlleux, mais Brian Azzarello s’en sort une fois de plus haut la main, en évitant soigneusement les écueils du pathos et du sordide racoleur tout en prenant le lecteur aux tripes. Le reste de l’album est consacré à un arc passionnant, où un voile d’ombre se lève sur le mystérieux Trust. On y retrouve des personnages déjà rencontrés, et même si les réponses amènent d’autres questions (dans un style très Lostien), l’intrigue avance et on apprend tout de même des choses sur la mythologie de la série, qui s’avère particulièrement solide et intrigante. Cette mythologie est en tout cas une très bonne trouvaille, qui évite à la série de s’étioler en diluant à l’infini une succession d’épisodes rencontre-malette-vengeance-fin. Du côté du dessin, toujours rien à redire, Eduardo Rizzo signe de bien jolies planches qui sont toujours en parfait accord avec le scénario sombre d’Azzarello. A noter que la couverture de l’album, signée Dave Johnson, est un bel hommage à Steranko.


100 Bullets 4100 Bullets t4 : Un album passionnant et poignant

Dans cet album, on ne trouve qu’un seul arc, mais comme à son habitude Brian Azzarello a bien soigné son intrigue. Outre le passage obligé où l’agent Graves remet la fameuse mallette à un jeune homme pour qu’il se fasse justice, nous sommes ici face à un polar particulièrement bien écrit, avec des éléments émotionnels (le rapport père/fils difficile) très bien dépeints. Là encore, pas de pathos ou de mièvrerie dégoulinante, mais une histoire qui prend aux tripes et qui laisse comme un goût de gravier dans la bouche quand on referme le livre. En outre, l’auteur a disséminé ici et là des éléments de la mythologie de 100 Bullets, intégrant l’intrigue de cet arc au sein de l’histoire de la série. Le résultat est passionnant, et il s’agit encore là d’un album qui se dévore plus qu’il ne se lit, mais il faut tout de même être particulièrement attentif à la lecture pour ne pas rater des allusions aux albums précédents (ce n’est pas du mainstream qui se lit au kilomètre non plus). Du côté du dessin, comme à l’accoutumée nous sommes gâtés par les jolies planches d’Eduardo Risso, qui servent parfaitement le récit implacable d’Azzarello. Une nouvelle fois cet album est une réussite, et je suis très impatient de lire la suite (ce qui ne saurait tarder entre deux albums pour la chroniques de la semaine prochaine ;)).


Et voilà, c’est tout pour cette semaine. Vous l’aurez compris à la lecture de ces lignes, j’ai été conquis par 100 Bullets, et je ne regrette absolument pas de m’être lancé dans l’aventure. J’espère vous avoir donné l’envie de vous risquer à la lecture du premier tome, qui vous donnera un bon aperçu de la série.

La semaine prochaine, Le lundi c’est librairie ! va de nouveau s’intéresser à l’actualité de la VF avec quatre sorties récentes.